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Mon tailleur est riche
Par Jean-Baptiste B.
J'aime la musique mais je ne suis pas un expert ni la personne idéale pour en parler ou pour recommander de nouveaux groupes indés. Toutefois, le Huffington Post a publié le 9 Novembre 2014 un excellent article sur Taylor Swift qui se veut à la fois critique musicale et analyse socio-commerciale de son succès. Mais il ne va pas assez loin à mon goût, et j’aimerais revenir dessus en y ajoutant mon opinion personnelle. A priori, je ne suis clairement pas la cible ni de sa musique ni de sa personnalité, en fait je suis même plus que ça, je suis le rageux par excellence contre ce genre de célébrités et c’est précisément là que ça devient intéressant. Du coup, je vais profiter de cet article pour comprendre l’effet étrange et inattendu que sa dernière chanson Shake it off et son clip ont produit sur moi, décryptant le succès incroyable, renouvelé et élargi, que rencontre la chanteuse.
Taylor Swift n’en est pas à son coup d’essai. Née en 1989, elle est devenue une star nationale dès l’âge de 16 ans grâce à ses albums de country produits dans la capitale et berceau du genre : Nashville, Tennessee. Sans trop persister, elle a amorce une première conversion vers la chanson-guimauve pour minettes hurlantes déçues par les hommes (qui sont tous les mêmes, rappelons-le). Racontant en chansons ses dizaines de ruptures, Taylor Swift devient au fil de ses albums de variétoche la Vitaa américaine, fréquemment habillée en mariée ou en princesse dans des clips ostensiblement genrés et abusant de la naïveté et des portes-monnaies des jeunes pucelles du Deep South. Ses titres les plus connus traitent de la même arnaque intériorisée par la plupart des êtres humains perfusés par Disney : ils devaient vivre un conte de fées, se marier, vivre et mourir ensemble, être leur seul et unique amour mais il l’a trahie et est parti sans laisser un mot sur le frigo, lui brisant le cœur à vie. L’ingénue pense alors que le prochain sera le bon. Et le schéma se reproduit autant de fois que le public est prêt à y croire, c’est-à-dire à acheter ses albums.
Grâce à cette formule aussi subtile qu’ingénieuse, elle connaît un succès planétaire qui produit chez moi un mépris proportionnel au nombre de mecs qui l’ont larguée.
Au même moment, ou presque, Destiny Hope Cyrus, dit Miley Cyrus, fille de la superstar de country Ray Cyrus, née à Nashville, Tennessee, se dirige elle aussi vers une carrière à l’américaine : chanteuse-actrice pour… Disney. Quelle belle rampe de lancement ! Dommage que ce soit celle d'Antarès. C’est là qu’on découvre avec stupeur que Disney est finalement aussi mauvais pour le corps et l’esprit que peuvent l’être la drogue, le sport, et Keen’V.
Quand Hannah Montana s’arrête, Miley se tourne uniquement vers la chanson et continue tranquillou sa carrière de chanteuse pop mignonnette en parallèle de celle de Taylor. Pas si tranquillou en fait parce que, comme si la demande en chansons commerciales mielleuses était trop faible pour l’offre que les deux chanteuses (et toutes les autres) proposent, un virage décisif s’opère au cours de l’année 2013 : Miley déraille (de coke), et choisit de changer de ligne artistique. Elle perd les pédales aussi bien musicalement que physiquement et se rend ridiculement célèbre auprès de la planète entière avec Wrecking ball puis en apportant à l’humanité cette grande invention qu’est le twerk. Elle se transforme en un vieux mélange entre Rihanna et Olivier Giroud qui la fait surtout ressembler à Justin Bieber. Critiquée pour ses chansons d’une banalité confondante, Miley l’est maintenant pour ses dérapages qu’elle ne semble plus contrôler. Elle devient finalement une machine à buzz poussant toujours plus loin son exubérance vestimentaire, ses frasques et la provoc’ sexy-trash pour faire parler d’elle et se faire une place parmi les strip-teas… les show-girls américaines à la Katy Perry ou Lady Gaga.
Et c’est durant cette période précise – qui couvrirait plus ou moins l’année scolaire 2013-2014 selon moi – que tout bascule, et que Taylor Swift joue le plus grand coup marketing de sa jeune carrière.
Taylor décide d’accentuer son image d’enfant sage en exacerbant plusieurs nouvelles facettes de ce personnage.
La première est dépendante de Miley puisqu’elle en devient l’exact antipode, l’anti-Miley Cyrus par excellence, surfant sur la décadence médiatique de sa concurrente. Anciennement moquée pour ses chansons mièvres, Taylor revêt maintenant l’apparence d’une chanteuse populaire et fédératrice. Gentille ado souriante, elle reste habillée et s’adresse à toute la famille, à tous les sexes, à tous les âges. En changeant le ton et le thème de ses chansons, elle change de cible, élargit son public, tout en détournant ses haters vers Miley qui se ruent tête baissée dans la brèche en découvrant dans cette dernière une source inépuisable de hate : définitivement une autre Justin Bieber. Miley et Justin osent imaginer que la popularité dont ils rêvent se gagne en tirant la langue et en se métamorphosant en people dédaigneux qui se prennent bien trop au sérieux pour qu’on puisse rigoler d’eux, avec eux.
De plus, Taylor sait ce qu’elle est et ce qu’elle n’est pas. Comme elle l’a dit dans une interview : « Je ne peux pas jouer les Lady Gaga ou faire du hip-hop, je ne suis pas Miley Cyrus. »

Et cela nous mène directement à la deuxième facette décelable dans l’évolution de son personnage public : l’autodérision.
Elle a su parfaitement jouer de la réputation que lui a collé la première partie de sa carrière. Et c’est ce qu’elle pose clairement dès le premier couplet du premier tube de son nouvel album (celui qui amorce le virage dont je vous parlais), Shake it off :
got nothing in my brain (J'n’ai rien dans la tête)
That’s what people say, that’s what people say (C’est ce que les gens disent, c’est ce que les gens disent)
I go on too many dates, but I can’t make them stay (Je me mets avec trop de mecs, mais j’arrive pas à en garder un seul)
Et voilà. Ca, j’adore. Elle a tout compris. En plus d’utiliser sa concurrente principale comme faire-valoir, elle se joue ouvertement des clichés qui lui collent à la peau – et qu’elle s’était créée elle-même. Avec cette chanson, et après s’en être longtemps pris plein la gueule, elle affirme qu’elle se moque de tout ce que pourraient penser les critiques (And the haters are gonna hate, hate, hate, hate, chante-t-elle). Le clip est drôle, décalé, plein de second degré : elle ne se prend plus au sérieux et décide enfin de prend du recul, avec un regard humoristique, sur son personnage et sa carrière.
Son clip respire le décalage et l’humour des années 90. Une Spice Girl 2014. Peut-être un peu au rabais certes, mais voilà ce que je vois en elle. Et plus je zappe sur les chaînes musicales, plus je me rends compte que la nouvelle génération, les nouvelles voix – les nouveaux visages surtout – de la pop internationale des années 2010 (Bruno Mars, Iggy Azalea, Jessie J., Ariana Grande, Meghan Trainor et Nicki Minaj à sa manière) travaillent à produire ce genre de clips décalés proche de ce que nous proposaient la musique pop délirante des années 90 (genre Barbie Girl). A ce titre, je ne pense pas que le fait que l'album de T. Swift s'appelle 1989 soit un hasard. C'est certes sa date de naissance, indiquant un retour aux joies et à l'insouciance de l'enfance, mais c'est aussi une évidente référence à l'environnement musical dans lequel elle a grandi et commencé à aimer la musique. Et non, ce n'est en aucun cas une allusion aux conséquences géopolitiques mondiales engendrées par la chute du mur de Berlin.
Par ailleurs, s'il y a retour de cet humour dans les clips c'est parce qu'un jour, il avait disparu. Et là j’accuse. J’accuse les Black Eyed Peas, entre autres évidemment, d’avoir rendu la deuxième moitié de la décennie 2000 rigide et morne en ayant perdu eux-mêmes le second degré dont ils se targuaient avant de se lancer dans l’électro. Mais bref le sujet n’est pas là, cela mériterait un autre article dans lequel je ne serais pas le meilleur pour en parler.
Je finirai sur une des réactions qu’elle a déclenchées parmi la communauté YouTube. Le célèbre youtubeur Bart Baker a parodié le tube de Taylor Swift et ce sur quoi il plaisante est symptomatique de la nouvelle ligne artistique dans laquelle s’est engagée la chanteuse. Pourtant, en la parodiant, il fait sans le vouloir la promotion de la nouvelle Taylor Swift puisqu’il rebondit sur tous les éléments dont elle se détache et dont elle plaisante elle-même. Elle sait qu’elle est blonde, qu’elle est belle, qu’elle fait un peu cruche et qu’elle s’est faite plaquée à de multiples reprises mais elle s’en fout. Allez quand même voir la vidéo, elle vaut le détour.
Voilà les raisons pour lesquelles je pense que le renouveau du succès de Taylor Swift va au-delà de la simple analyse délivrée par le Huffington Post. Elle est plus qu’une anti-Miley, elle est le nouveau second degré de la pop : Taylor a compris sur quelle vague surfer pour redorer son blason. Voilà où les ont menées leurs deux trajectoires parallèles : l’une vers le trash immature et vulgaire, l’autre vers l’autodérision et la maturité. A cet égard, je suis devenu un fan inconditionnel de la nouvelle Taylor et maintenant, c'est moi la jeune pucelle du Deep South.
Par Jean-Baptiste B.
Une note salée
Par Bryan S.
J’hésitais avant d’écrire cet article entre vous parler d’un médecin hongrois du XIXème (ne vous désespérez surtout pas je n’ai pas abandonné l’idée) et traiter la question de la sélection dans le système scolaire français, mais le document remis le 27 novembre par Michel Lussault, président du CSP au Ministère de l’Education sur la notation des élèves m’a fait changé d’avis.
Pour rappel Michel Lussault est un géographe connu par les happy few qui ont fait un peu de géographie pour ses travaux sur l’urbain, et plus généralement pour avoir été nommé à la présidence du Conseil Supérieur des Programmes en septembre 2014. Le document du CSP est le résultat d’une réflexion menée pour contribuer au chantier ouvert par le ministère pour transformer l’Education Nationale (chantier qui d’ailleurs est ouvert depuis à peu près 40 ans, il serait peut être temps de poser les fondations…)
Ainsi le CSP a proposé des solutions pour rendre l’évaluation « bienveillante » - parce que c’est bien connu : tous les profs sont des salauds sadiques qui n’ont d’autre plaisir que de traumatiser leurs élèves, de les martyriser avec cet instrument de torture qu’on ose encore appelé notes – en supprimant les moyennes, les contrôles à profusion, le diplôme national du brevet (qui entre nous soit dit ne sert déjà à rien vu que peu d’entre nous n’a songé à le noter sur son CV ), et les coefficients parce que c’est vrai toute les matières se valent, et tout comme il n’y a pas de sot métier, il n’y a pas de sottes matières.
Chose ironique tout de même, M. Lussault, pour défendre la suppression des moyennes qui selon lui sont un non-sens, a utilisé l’exemple d’un élève excellent en mathématique et mauvais en sport, et a soutenu que nous ne pouvions pas en déduire que cet élève était moyen, donc si je comprends bien pour lui toutes les matières se valent sauf le sport…
Passons. Oui les notes traumatisent les élèves. Qui d’entre nous n’est jamais rentré la boule au ventre chez lui en craignant d’annoncer la terrible nouvelle à ses parents : « Papa, Maman j’ai foiré » ?
Pour nombre d’entre nous d’ailleurs c’est un traumatisme dont on ne se remettra clairement jamais, se sentant stigmatisé par tous, par l’enseignant, par nos camarades et par nos parents. Non, je ne fais pas dans l’emphase, enfin si un petit peu, le fait est que certains spécialistes pensent qu’il y a un lien de causalité entre la mauvaise note, l’échec scolaire et le décrochage scolaire.
Malheureusement, je crains qu’on ne confonde le symptôme, la mauvaise note ; avec la maladie, la cause, qui je crois est plus difficile à déterminer.
S’il suffisait de supprimer les notes pour réduire enfin le décrochage j’ose imaginer qu’il y a bien longtemps que la réforme aurait été mise en place. De plus, il est certain que l’élève qui obtiendra un point rouge, un F ou un « non acquis » se sentira moins en situation d’échec que l’élève qui obtient 0. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais c’est ce qui se dit.
Certains encore affirment que le système de notation est profondément injuste et est responsable des inégalités dans l’éducation, qui ont été mises en lumière par le dernier classement PISA. De là bien sûr, le bon élève que j’étais, n’est absolument pas légitime pour comprendre le traumatisme de la mauvaise note. Je pense malgré cela, qu’il est indispensable de repenser le système de notation, afin que l’élève comprenne les raisons de son échec, non pas que je dise que les professeurs nous distribuent des notes sèches sans la moindre justification ni explication, mais je crois qu’on ne met pas assez l’accent sur la relecture des copies, étape qui est selon moi indispensable pour qu’un élève progresse. C’est une chose que je n’ai apprise qu’en sortant de l’éducation secondaire, ce qui est assez dommage, d’autant plus que ceux qui corrigent ont passé du temps pour mettre en évidence les faiblesses d’un élève. Est-ce là le remède universel pour régler le problème d’échec scolaire ? Je ne suis plus assez naïf pour le croire, mais cela peut être une des pistes à suivre pour tenter de faire progresser l’élève sans faire baisser le niveau d’exigence qu’on lui demande.

Et c’est bien ça le problème qui se cache derrière la suppression des notes, car si les notes stressent l’élève et peuvent le traumatiser, elles sont pour nombre d’élève une raison de motivation, qui les obligent à apprendre leur leçon et donc d’acquérir des compétences et des connaissances qui par la suite leurs seront indispensables. C’est d’ailleurs pour cette raison que dans certains pays la suppression des notes s’est accompagnée d’une diminution du niveau globale des élèves, comme ce fut le cas au Danemark qui a abandonné le système sans note dès 2003. Qu’on se le dise aujourd’hui si on uniformise les niveaux scolaires et qu’on lisse les disparités ce ne sera pas en tirant le niveau vers le haut, mais plutôt en réduisant encore le niveau d’exigence qu’on demande aux élèves, ce qu’on fait déjà depuis une quarantaine d’année. Je sais, j’entends déjà certains me dire : « oui les élèves font bien plus de choses à l’école qu’il y a 50 ans, ils étudient beaucoup plus de thèmes donc on ne peut pas comparer », il n’empêche que nous ne savons pas écrire aussi bien que nos parents (amusez-vous à faire une dictée avec eux, vous verrez la raclée qu’ils vous mettront).
Enfin le dernier argument des anti-notes, est que les notes font entrer les élèves dans un monde compétitif, qui met beaucoup d’entre eux à la rue, et ne reflète pas assez la valeur d’un élève. Une chose est sûre, c’est qu’une note n’est et ne sera jamais le miroir de la valeur de l’élève, et c’est peut-être ce qu’il est indispensable de rappeler à nos élèves, une note n’est qu’un instantané, un indicateur montrant l’état de connaissance d’un individu à un instant t, ni plus, ni moins. Du reste la note n’est pas un indicateur objectif, elle dépend c’est vrai du niveau de la classe évaluée, et du professeur. Oui d’une classe à l’autre la note d’un élève pour une même copie peut fluctuer, et alors ce paramètre ne changera pas tant qu’on fera appel à des professeurs pour corriger. Après on peut toujours mettre en place un système de QCM corrigible par des machines, mais je ne suis pas persuadé que nous tirerions avantage d’un système mécanisé et purement artificiel. D’ailleurs on reproche aux notes la logique de compétition qu’elles impliquent et qui déshumaniserait les élèves : est-ce si mal de mettre en compétition des élèves ?

Je ne pense pas, sans utiliser l’argument que la vie est déjà difficile et que la compétition existe quoi qu’il arrive et qu’il faut leur faire intégrer cette logique au plus tôt, je reste persuadé que la compétition si elle est saine (et c’est là le rôle des profs de s’en assurer) peut être bénéfique, et permettre une émulation au sein des classes.
Toutefois, il est vrai qu’actuellement dans un système qui fait de la non-sélection un de ses principes fondateurs, toute compétition est néfaste car elle conduit à mettre certains élèves dans une situation d’échec. On ne peut évidemment pas mettre en compétition des élèves qui ont un niveau trop différent et dont les qualités sont trop différentes, ce serait pour reprendre une métaphore sportive, faire combattre un poids lourd contre un poids mouche, ce qui en soit n’apporte rien à aucun élève, qu’il soit bon ou mauvais. Si on veut changer cela il faudrait bien sûr une remise en cause du collège unique dont le bilan est loin d’être fameux…
Pour faire une proposition, parce que j’ai appris récemment qu’il ne suffisait pas de critiquer, j’aimerais évoquer l’exemple de la Finlande - je le reconnais c’est un peu cliché de se référer aux systèmes d’éducation scandinaves dont on ne cesse de faire l’éloge - qu’on a du mal à apercevoir tellement ce pays nous surplombe depuis les hauteurs du classement PISA. Ce pays a ainsi réformé le système de notation sans néanmoins le supprimer, et a instauré un système de notation chiffré allant de 4 à 10, 4 étant la plus mauvaise note. L’avantage de ce système est qu’il permet à ceux qui ont échoué, et qui ont obtenu un 4, de pouvoir se rattraper la fois d’après. Ce système offre donc une seconde chance aux élèves, et admet que l’erreur est humaine, l’élève peut échouer, mais il ne tient qu’à lui d’inverser la tendance. Ce système est-il applicable en France ? Je ne sais pas, mais pourquoi ne pas tenter l’expérience, puisque elle est aujourd’hui possible dans certaines écoles et collèges tests ?
Par Bryan S.
Franc succès pour La French
Par Giulia C.
Le film-événement de Cédric Jimenez vient tout juste de sortir que déjà critiques et spectateurs en tout genre se pressent pour admirer un Jean Dujardin bien loin du Loulou d’Un Gars Une Fille. Jean Dujardin en scène, d’accord, mais La French, c’est d’abord une distribution efficace (Gilles Lellouche, Mélanie Doutey, Benoit Magimel) doublée d’une reconstitution très correcte du Marseille de la fin des années 70.
La French, c’est l’histoire vraie d’un jeune juge chargé d’éradiquer le grand banditisme à Marseille. Corps et âme, le juge Michel se bat pour coffrer les grands pontes du trafic d’héroïne à l’œuvre dans la cité phocéenne, et parmi eux « la tête de la pieuvre », Gilles Lellouche dans la peau de Gaëtan « Tany » Zampa, le grand parrain marseillais de l’époque Gaston Deferre. Mélanie Doutey incarne la femme de Zampa, potiche de luxe et femme de voyou, tandis que Benoit Magimel est « le Fou », truand d’abord humilié et très vite aveuglé par une folie vengeresse.
Le film est porté avec brio par le duo Jean Dujardin-Gilles Lellouche. Amis à la vie, ennemis sur grand écran, le face à face entre la justice incarnée et le grand patron du « Milieu » fait mouche et séduit. Si les seconds rôles ont le mérite d’exister, on peut regretter l’absence de personnages féminins consistants, véritables faire-valoir des hommes de la French, à l’exception près de la dernière scène du film, où Jacqueline Michel, alias Céline Sallette, fait preuve d’une émotion à fleur de peau. On reconnait les efforts du réalisateur pour envelopper le film dans la moiteur du Sud ; des Gitanes qui se consument sur le cendrier, le papier-peint à fleurs, le crissement des cigales et bien sûr, le bouillonnement d’héro… On s’y croit, la DS noire de Jean Dujardin nous transporte dans un Marseille qui se tait.
Petit bémol à cette réalisation impeccable : les inexactitudes biographiques sur la vie privée du juge Michel. Selon la famille du magistrat, qui s’est exprimée dans un communiqué après la sortie en salle, de nombreux détails relèvent - trop ? - de la fiction. Parmi eux, l’addiction au jeu de Pierre Michel ou encore la brève séparation avec sa femme. On note cependant que le scénario se veut seulement inspiré de faits réels ; La French n’est pas un biopic, comme l’a souligné Jean Dujardin. On s’étonne enfin du goût amer que les dernières minutes du film, consacrant la victoire du crime sur la justice et la corruption, laissent aux spectateurs.
Captivant, révoltant et cynique à souhait, c’est finalement un quasi sans faute pour la French. S’il n’est pas le film de l’année, il a toutefois le mérite de relever le niveau de la production française souvent à la traine pour s’approprier les subtilités du genre, et à faire de notre Loulou national l’acteur français le plus bankable du moment.
Par Giulia C.