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25/01/2015 15:53

Charlie vu de loin.

Par Marion R.
 
                            "La liberté de pensée est absolue ou elle n'est rien" Luc Ferry
 

    Je le sais bien, vous devez en avoir marre d’entendre parler de ça, de lire des articles à propos de cette « tragédie ». J’en ai marre moi la première, mais moi j’ai besoin de coucher sur le papier mes ressentis, ça m’aide alors je le fais ici. Si vous ne voulez pas entendre parlez de liberté d’expression, vous pouvez refermer la page.

    Avant toute chose, je tiens quand même à préciser que cet événement tragique qui a eu lieu à Charlie Hebdo est surmédiatisé. Je suis bien entendu contre cette surmédiatisation immédiate qui ne fait qu’ajouter du venin, qui agite les émotions, alimente la peur et la paranoïa sans prendre le recul nécessaire pour pouvoir « analyser ». J’ai été touchée (attristée, énervée) comme tout le monde par ce qui est arrivé, qui est définitivement un attentat contre la liberté mais je garde mes idées et mes valeurs « d’avant ». Je ne lisais pas Charlie Hebdo avant, je ne compte pas l’acheter à présent. Chacun est libre de ses actes, mais personnellement je ne comprends pas pourquoi il faut toujours attendre une catastrophe pour s’intéresser aux choses, aux gens. Et je suis bien d’accord avec Bryan qui dit que « nous ne sommes pas Charlie ». Je suis juste une citoyenne, un être humain pourvu de raison et de sensibilité, un « roseau pensant » comme dirait Pascal qui est alarmée par le fait que certains idéaux poussent certaines personnes à commettre des actes horribles…

    J’étais dans mon lit, à Montréal quand j’ai reçu une notification sur mon smartphone m’avertissant que des attentats étaient survenus à Paris . Le choc fut brutal bien entendu. On ne s’attend pas à ça. Jamais. Et là, ça remet beaucoup de choses en cause car on se dit que ça aurait pu être nous, ou bien quelqu’un de notre entourage. Et même si on ne connaît pas la personne on est touchés. Car c’est la justice qui est touchée, c’est une valeur inexorable qui est percutée. L’acte est injuste, l’acte va à l’encontre des libertés dont nous jouissons, en France et dans de nombreux autres pays du monde. Et c’est pourquoi ça a mobilisé les foules mondialement. Il y a eu une marche ici aussi, à Montréal. C’est beau de voir une telle ferveur internationale, comme quoi la Liberté mobilise, outrepassant les frontières. Et en même temps il en arrive très souvent des attentats, des morts et on en parle pas autant non plus.
 

    Alors oui c’est vrai qu’à l’heure d’aujourd’hui la menace terroriste est élevée dans le monde occidental, les intégristes veulent anéantir les valeurs républicaines, mais il ne faut pas leur accorder trop d’ « importance ». J’entends par là qu’on parle sans cesse d’eux depuis quelques temps, et que tous les reportages qu’on fait, toute cette médiatisation par laquelle on les entoure ne fait que renforcer leur action. Ils veulent qu’on les voie, qu’on leur accorde notre attention. Et en même temps on focus sur cette minorité extrémiste, ce qui conduit de trop nombreuses personnes à faire des amalgames très dangereux pour l’avenir de notre République. C’est une spirale infernale. Ces personnes, ces meurtriers ne représentent pas l’Islam, il ne faut pas l’oublier. Il ne faut pas que nous aussi en retour devenions extrémistes. Restons intelligents, n’oublions pas de faire la part des choses, et surtout continuons à vivre : avoir peur serait leur donner raison.

22/01/2015 17:34

Liberté d’expression, égalité en droit,… fraternité ?

Par Camille C.

    Comme beaucoup, la semaine du 5 janvier 2015, face aux évènements qui se déroulaient, j’ai eu peur et j’ai eu mal. Tristesse et colère face à l’horreur. Mais aussi fierté de voir un tel mouvement de solidarité secouer la France. Fierté de voir qu’une conscience collective existe toujours. L’émotion face à l’attentat contre Charlie Hebdo, face à la fusillade de Montrouge et aux prises d’otages dont la seconde a été meurtrière et tachée d’antisémitisme, toute cette émotion et toute cette horreur ne doivent pas occulter l’autre émotion, l’autre horreur. L’émotion que l’on ressent lorsque l’on voit que les évènements n’ont pas provoqué seulement une vague de solidarité, mais aussi une vague d’intolérance, de délits et agressions islamophobes, de discours de haine contre les journalistes de Charlie Hebdo, de discours de haine contre des communautés dites religieuses, et particulièrement contre les personnes de culture musulmane. En bref, une vague d’exacerbation des lignes de fracture de notre société. Emotion aussi lorsque l’on constate le risque que la vague de solidarité se transforme en radicalisation du type « si vous n’êtes pas avec Charlie Hebdo, si vous ne soutenez pas leur ligne éditoriale, alors vous êtes contre la liberté d’expression et vous êtes un terroriste ». Mais tout cela est de l’ordre de l’émotion, et il faudrait sortir de cette émotion pour pouvoir prendre du recul, adopter un regard critique, se poser des questions. Parce que l’horreur ne doit pas nous empêcher d’avoir ce regard critique. J’aimerais donc avoir quelques éléments de réflexion sans prétention.

    La liberté d’expression a été érigée comme l’une des libertés fondamentales défendues par la République Française. Mais que signifie vraiment liberté d’expression ? Que l’on a le droit de tout dire ? Non, puisqu’il y a des limites à cette liberté : la diffamation, la calomnie, l’injure et l’incitation à la haine. Peu après les tragiques évènements de ce début d’année, une enquête a été ouverte contre l’humoriste Dieudonné accusé d’apologie du terrorisme, qui rentre dans la catégorie « incitation à la haine », pour sa phrase « Je me sens Charlie Coulibaly » publiée sur Facebook. Des journalistes et des politiques se sont immédiatement permis de dire que Dieudonné devait être condamné. Comme si c’était leur rôle de s’ériger en tribunal. Que les pouvoirs exécutif et législatif et que les médias, communément appelés « quatrième pouvoir », laissent cela à la justice. C’est elle qui décidera si cette phrase, fortement ambiguë au demeurant, est une apologie du terrorisme ou un simple exercice de la liberté d’expression qui a été tant défendue ces derniers jours. Que dire de Charlie Hebdo qui blasphème régulièrement une religion ou une autre ? Le blasphème n’est pas un délit en France. Nous sommes après tout dans une République laïque. Cependant, je trouve que c’est une bonne chose que Charlie Hebdo ait eu des procès, et contrairement à Jean-Baptiste B. (voir son article), je ne trouve pas cela révoltant. Le principe de liberté d’expression ne dispense aucun journal d’avoir à se soumettre à la justice, au contraire. Le fait que Charlie Hebdo ait été la cible d’un attentat ignoble ne dispense pas davantage ce journal d’être soumis à un encadrement de la liberté d’expression. Il est difficile de juger ce qui a trait à l’humour mais il faut le faire, et je ne vois pas pourquoi il faudrait faire des exceptions. Les sensibilités de chacun sont à prendre en compte, sont à écouter. Pourquoi faudrait-il être compréhensif seulement envers les sensibilités qui nous paraissent les plus évidentes à nous en tant qu’individu ou en tant que majorité ? Je suis athée, j’aime la religion quand elle prône de belles valeurs, je l’abhorre quand elle se fait l’étendard du crime. Cela m’est égal de voir des dessins blasphématoires. Mais je comprends que cela puisse heurter des sensibilités autres que la mienne et je comprends qu’on puisse en arriver à faire appel à la justice pour les dénoncer.

    Car pour moi, une République juste et tolérante, c’est celle qui permet à chaque citoyen d’intenter une action en justice et de respecter la décision du juge, tant que le pouvoir judiciaire est indépendant et que les affaires judiciaires sont rigoureusement menées. Pour reprendre l’exemple cité plus haut, si la justice estime que Dieudonné n’a pas fait l’apologie du terrorisme, je respecterai cette décision, si la justice estime que Dieudonné a fait l’apologie du terrorisme, je respecterai cette décision – quelle que soit mon opinion sur la question. Il me semble que, lorsque les communautés religieuses ont intenté des procès à Charlie Hebdo pour blasphème, elles ont respecté la décision du juge si ce dernier estimait que Charlie Hebdo n’était pas en tort. Nous sommes dans un Etat de droit et nous avons la liberté d’expression, cela veut dire qu’un journal peut publier des dessins satiriques, des caricatures, etc. Cela veut aussi dire que nous avons le droit de dire que nous nous sentons offensés, lorsque c’est le cas, et d’aller en justice pour cette raison et que nous avons le devoir de respecter la ou les sentences du droit. Les terroristes, eux, n’ont pas respecté ce devoir, n’ont pas respecté les décisions de la justice. Ces décisions qui, cas par cas, définissent ce qu’est la liberté d’expression et ce que sont ses limites. Les terroristes sont ceux qui nient la liberté d’expression, oui, on l’a entendu des milliers de fois ces derniers jours. Mais, à mon sens, les terroristes sont surtout ceux qui utilisent la force contre le droit, ceux qui ont un esprit étroit et fermé, ceux qui sont intolérants. Ceux qui tuent. Ce qui m’a choquée, c’est peut-être moins l’attaque contre la liberté d’expression que l’attaque contre la vie. Nous avons le droit et la liberté de vivre. Personne n’est en droit de nous ôter cette liberté-là.

    Pour finir, j’aimerais que l’élan de solidarité soit associé à un immense mouvement d’empathie et de tolérance, à une véritable fraternité, et pas à une exacerbation des divisions telle que nous l’avons constatée. Nous ne vivons pas dans un monde manichéen, même si parfois nous tombons sur ce qui nous apparait comme des figures du Mal, même si parfois l’on érige des personnes en saints et héros, en figures du Bien donc. Il est tentant de voir le monde sous le prisme de l’opposition Bien/Mal mais je n’aime pas ce type de simplification parce que la vie ne se réduit pas à des cases dans lesquelles on met des évènements et des gens. Arrêtons avec le « eux » et « nous », avec l’ « axe du mal », avec le « choc des civilisations ». Arrêtons d’amplifier les fractures, arrêtons de croire que le « Mal » est Autrui, que le « Mal » est étranger quand il est en réalité un pur produit de notre société. Et considérons un peu nos propres responsabilités et celles de nos politiques dans ce qu’il se passe en France et dans le monde. J’aimerais que chacun essaie de comprendre ce qu’il se passe en mettant de côté ses préjugés. Je souhaiterais que les gens puissent être compréhensifs et tolérants, vivent dans le respect de l’autre. Au lieu de le stigmatiser, l’humilier, l’agresser. Au lieu de le tuer.

19/01/2015 21:10

Rien que pour un sourire

 

Par Déborah D.

 

    Vendredi 9 janvier 2015, 18 heures. Paris respire. L’atmosphère pesante et l’angoisse ambiante sont partis en fumée avec les tirs qui ont retenti lors du double assaut contre les terroristes de "Charlie Hebdo" et de l’Hypercasher. 17 personnes en tout. 17 personnes tuées parce qu’elles étaient les ardents et impertinents défenseurs de notre liberté d’expression, les garants de notre sécurité, ou bien parce qu’elles étaient simplement juives. Pour moi, ces 3 jours furent plus que pénibles. Pénibles à cause des horreurs commises par ces fous furieux qui finalement ont réussi leur(s) coup(s). Pénibles à cause de la mobilisation médiatique que ces attaques ont engendré : télévisions, sites d’information, réseaux sociaux nous ont ressassé la scène sanglante chez "Charlie Hebdo", ont laissé couler les larmes de Patrick Pelloux, ont tenu en haleine les millions de Français que nous sommes lors de cette traque interminable. J’allume la télévision, je suffoque. Je vais sur Internet, j’étouffe. Je sors, rien ne change. 3 jours interminables, où le temps s’est arrêté dans la capitale. Les heures passent au ralenti depuis la fusillade au siège de "Charlie Hebdo". C’est symptomatique, les gens sursautent à un simple bruit, à l’anodine panne d’électricité des rames de métro. Il fallait avoir le cœur bien accroché pendant ces trois jours.

 

    Bien sûr, je suis Charlie. Pourtant "Charlie Hebdo", c’est loin d’être ma came. Loin d’être hypocrite, je reconnais le talent et la verve mais je ne partage pas les mêmes idéaux que ces joyeux lurons. En revanche, j’ai toujours pensé que ces fameuses caricatures faisaient beaucoup de bruit pour rien : c’est dans l’ADN de "Charlie Hebdo" de se moquer de tout, de provoquer avec humour. Et dire que ce ton si impertinent, si cinglant parfois, leur a coûté la vie…Je suis triste pour le journalisme français qui a perdu des monuments de la presse et pour ces familles qui ont perdu un proche dans des conditions d’une barbarie sans nom.

 

    Et puis je suis juive. Ceci n’est pas du communautarisme mais comprenez ces mots comme un foutu ras-le-bol : marre qu’on en revienne toujours au même point, qu’on s’en prenne encore et encore à des Juifs. Samedi 10 janvier, au journal de 13h, la cousine d’un des quatre otages tués Porte de Vincennes raconte que son cousin est mort froidement d’une balle dans la tête parce qu’il avait tenté de s’emparer de l’arme du preneur d’otages, qui avait alors le dos tourné. Et là, je ne sais pas pourquoi, je pleure. Il avait une vingtaine d’années. Ce jeune homme, qui aurait pu être mon cousin, avait toute sa vie devant lui et on la lui a prise à cause de ses origines.

 

    Alors pour lui et pour les seize autres, pour nos valeurs républicaines et notre liberté d’expression, je suis allée marcher dimanche après-midi. Enfin, piétiner tellement il y avait de monde. Les artères parisiennes entourant la place de la République étaient si bouchées qu’on ne pouvait plus y accéder. Beaucoup de gens comme moi avons préféré prendre un itinéraire parallèle à la marche officielle et nous voilà sur le Boulevard Beaumarchais pour rejoindre la place de la Bastille. Dans la foule, j’entends une femme, parlant aux gens autour d’elle : « Elle est belle la France, quand même ». Puis, cette phrase résonne dans ma tête. Faut-il attendre d’être atteint au plus profond de ses croyances et de ses principes pour s’unir ? Faut-il attendre de se rassembler dans une situation de deuil pour entonner la Marseillaise ? Oui, dimanche dernier, nous avons vécu « un jour historique » comme nous l’ont répété les médias. Maintenant, il faut transformer l’essai. Prendre des mesures, Messieurs les Politiques, afin d’éviter que l’on ait à revivre trois jours de terreur et de drames de ce type. Se souvenir, aussi, Mesdames, Mesdemoiselles et Messieurs les Français qui êtes allés marcher ce week-end aux quatre coins du pays, de ce moment de sincère union dans l’émotion, lorsque celle-ci sera passée et que l’on recommencera à faire la tête dans le métro. Peut-être, ainsi, esquisserez-vous un sourire.

 

Par Déborah D.

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