Voyage

26/12/2014 18:51

C'est le monde à l'envers ! (... Enfin, la France à l'envers)

Par Camille C.

   Quand on a vécu en France depuis sa naissance et que l’Angleterre a été la destination la plus lointaine où l’on est allé (à ma décharge, c’était en partant du sud de la France), se retrouver dans un avion pendant douze heures et atterrir au Japon, c’est un peu un choc. Pendant trois semaines, j’ai eu les yeux grands ouverts, constamment saisie par l’étonnement et l’émerveillement et ce que j’ai pu constater, c’est que, finalement, pour un certain nombre de choses, le Japon c’est la France à l’envers, ou alors la France c’est le Japon à l’envers. Cela pourra vous paraître des détails, mais ce n’en sont pas moins des signes de l’altérité et de l’ailleurs. Permettez-moi de vous guider dans un petit périple au pays du Soleil Levant pour découvrir quelques contraires et différences par rapport à la France.

    Lorsque l’on atterrit à l’aéroport de Narita, il faut un peu plus d’une heure de route (quand il n’y a pas de trafic) pour rejoindre Tokyo. Le phénomène contraire qui nous paraît le plus banal est certainement le sens de circulation. Comme les Anglais, les Japonais conduisent à gauche avec le volant à droite. Rien de très original pour l’instant. Il est amusant de constater que le sens de circulation des voitures influe sur notre circulation pédestre : en France, lorsque nous prenons un escalier mais surtout un escalator, nous nous plaçons naturellement à droite. Et si nous ne le faisons pas, nous nous exposons au risque de nous faire réprimander par une personne (un Parisien pressé, pour prendre un exemple tout à fait aléatoire) qui souhaite nous dépasser. A Tokyo, si on est fainéant, on se place à gauche, si on est pressé, on dépasse par la droite, si on gêne tout le monde en se plaçant dans la mauvaise file, je ne sais pas ce qui l’emporte entre la politesse légendaire des Japonais ou leur possible impatience dans une ville qui va à cent à l’heure, entre leur indulgence pour les pauvres gaijin (étrangers) que nous sommes ou leur agacement face aux satanés gaijin que nous sommes. Notons que, curieusement, dans le sud et l’ouest de l’île, les Japonais adoptent le sens qui nous est le plus familier en ce qui concerne les escalators : ils se placent à droite et dépassent par la gauche.

    Une fois arrivé dans la capitale, l’on se sent tout petit dans l’immensité urbaine, fasciné par l’arc en ciel des lumières qui illuminent la nuit. On déambule et puis, au détour d’une rue, on tombe sur un étonnant pictogramme sur le trottoir, avec une légende inscrite en japonais, en chinois, en coréen et en anglais au cas où le dessin ne suffirait pas. Il est interdit de fumer dans la rue. Mais pas dans les restaurants, bars et autres lieux de ce genre. L’inverse exact de la France. Autrement dit, ce n’est pas grave si on se fait enfumer dans un espace clos, tant que l’on ne se fait pas enfumer dans un espace ouvert ! Que les fumeurs se rassurent, il existe des zones fumeurs sur certains trottoirs. Au détour d’une autre rue, on peut tomber sur un konbini, ce qui nous arrange bien car on a une petite faim. Il ne s’agit pas de consommer les nourritures immatérielles d’un site web bien connu mais des nourritures bien terrestres, car un konbini (abréviation japonaise adaptée de l’anglais convenience store) est une supérette qui peut se trouver à tous les coins de rue à Tokyo. Il fait nuit, il est vingt-deux heures passées ? Peu importe, un konbini est ouvert 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. On est loin des débats sur l’ouverture des magasins le dimanche et des conséquences sur les employés. Bref, vous entrez dans ce petit temple de la consommation et décidez de vous rassasier avec des onigiri, communément appelés boulettes de riz en français, même si on pourrait plutôt dire « pyramides de riz » étant donné la forme triangulaire. Et là, stupeur, la date de péremption indique 15.04.08 ! Et voilà l’un des autres contrepieds que le Japon prend par rapport à la France : les dates de péremption donnent l’année, le mois puis le jour, contrairement à notre système de datation.

    Lorsqu’on est bien repu, on décide de prendre le bus pour aller faire un peu de tourisme. Pour cela, je vous téléporte à Kyoto car je n’ai pas pris le bus à Tokyo, donc j’ignore si le système de transports marche exactement de la même façon dans les deux villes. Quoiqu’il en soit, quand on prend le bus à Kyoto, on monte par l’arrière du bus et on descend par l’avant. Ici, point de « je monte, je valide », mais plutôt « je valide, je descends ». Car vous payez et validez votre ticket seulement quand vous souhaitez descendre (à l’avant, donc). Hors du bus, allons dans une librairie (ça c’est du tourisme !) C’est bien sûr une pirouette de ma part pour en venir à un autre élément qui est bien connu pour être l’inverse de chez nous. Alors que nous écrivons et lisons des lignes horizontales de gauche à droite, les Japonais écrivent et lisent des lignes verticales de droite à gauche… mais ils écrivent et lisent aussi horizontalement de gauche à droite.

    C’est ici que notre périple s’achève dans ce Japon qui s’offre sous certains aspects comme miroir de la France. C’est tout ? Non, en réalité, j’ai repéré bien d’autres choses et la liste n’est certainement pas exhaustive. Voici, pour finir, un petit pot-pourri. Pour compter, les Japonais ne lèvent pas les doigts de leur main au fur et à mesure qu’ils énumèrent les chiffres, ils les replient. Lorsqu’ils commencent à compter, leur main est ouverte alors que notre poing est fermé. Pour verrouiller une porte (en tout cas, là où je logeais), il faut tourner la clé vers la gauche et non pas vers la droite[1]. Se moucher est impoli au Japon, en France on ne supporte pas les gens qui reniflent faute de se moucher. Une carte (bleue, de visite…) est tendue à quelqu’un au moyen d’une seule main en France, au Japon elle s’échange en étant tenue des deux mains. J’ai lu[2] qu’au théâtre, on dit qu’un personnage « entre » quand il sort de la scène et qu’il « sort » quand il entre sur scène au Japon, en France un personnage « entre » sur scène et « sort » de scène. J’ai aussi lu[3] qu’au Japon, une scie s’utilise de manière inversée par rapport à ce dont nous avons l’habitude : le mouvement ne va pas en avant puis en arrière, mais d’abord en arrière puis en avant. A moins que ce ne soit l’inverse ?

 



[1] Expérience récente : j’ai découvert que les toilettes du Grand Palais à Paris se fermaient en actionnant le loquet vers la gauche. Je réclame une enquête approfondie sur les systèmes de verrouillage des portes !

[2] Au Japon ceux qui s’aiment ne disent pas je t’aime, Elena Janvier, Arléa, 2011. Petit livre très amusant sur les différences culturelles entre le Japon et la France.

[3] Ibid.

Par Camille C.